Dans notre précédent article sur l’économie bleue et les sargasses, nous racontions comment un mandat très ambitieux – lever plusieurs centaines de millions pour traiter plus d’un million de tonnes d’algues par an – avait finalement été décliné, faute de fondations industrielles et financières réellement consolidées. Ce cas d’école rappelait une règle simple : en climate tech, on ne peut pas griller les étapes, ni côté technologie, ni côté financement.

Cette réflexion va bien au‑delà de la seule filière sargasses. Elle pose une question de fond : comment articuler intelligemment aides publiques et capital privé, et à quel moment les business angels ont réellement vocation à intervenir. Chez Cleantech Business Angels, nous voyons passer beaucoup de projets à fort potentiel de marché, parfois sur des segments gigantesques – économie bleue, décarbonation industrielle, agro/biotech, circularité – mais dont le niveau de maturité technologique et financière n’est pas encore aligné avec une levée de fonds en capital.
Pour nous, les projets les plus attractifs combinent trois caractéristiques.
D’abord, une vraie taille de marché : un problème environnemental ou énergétique significatif, un besoin client clair, un marché adressable qui justifie la construction d’une filière ou d’un scale‑up ambitieux. Les enjeux sargasses en sont un exemple : volumes massifs, impacts socio‑économiques, perspectives multi‑usages (énergie, matériaux, chimie verte, etc.), mais à condition de structurer correctement la chaîne de valeur.
Ensuite, des TRL proches du marché ou en passe de l’être. Dans l’article sur les sargasses, nous rappelions qu’avant de parler “million de tonnes”, il faut prouver la viabilité d’un pilote semi‑industriel, capable de traiter plusieurs milliers de tonnes par an et de démontrer la scalabilité technique et économique. C’est cette logique que nous recherchons en général : une technologie qui a quitté le seul stade labo, qui a été testée dans des conditions réelles ou quasi réelles, et qui commence à générer des données, des références, voire du chiffre d’affaires.
Enfin, un recours intelligent aux aides publiques pour dérisquer la techno. Les dispositifs de type France 2030, FEDER, ADEME, banques de développement ou guichets multilatéraux existent justement pour absorber une partie du risque technologique et financer les premières briques : R&D avancée, démonstrateurs, pilotes, études d’ingénierie, premières lignes de production. Lorsqu’un projet climate tech ou blue economy arrive en face de business angels ou de fonds avec, déjà, un historique de subventions, de projets collaboratifs ou de programmes publics, c’est souvent le signe qu’il a su structurer son parcours et mobiliser les bons outils au bon moment.
C’est là qu’un point de clarification nous semble essentiel : il ne faut pas confondre aides publiques et business angels, même si les deux se complètent très bien. Les aides publiques ont une logique de politique publique : accélérer l’innovation, soutenir la transition, corriger des défaillances de marché. Elles sont souvent non dilutives ou quasi non dilutives, avec des critères d’éligibilité spécifiques et des calendriers propres. Les business angels, eux, investissent leur propre capital, prennent un risque direct sur l’entreprise et attendent un rendement, tout en apportant réseau, expertise sectorielle et accompagnement stratégique.
Dans la continuité de ce que nous illustrions avec la filière sargasses, nous défendons donc une séquence claire :
- utiliser les aides publiques pour dérisquer la technologie et construire les premiers démonstrateurs,
- faire intervenir les business angels pour structurer le capital, renforcer la gouvernance et financer les premières phases de go‑to‑market,
- puis, le cas échéant, mobiliser des investisseurs institutionnels et des fonds d’impact pour les phases d’industrialisation et de changement d’échelle.
Quand cette articulation est respectée, tout le monde est mieux aligné : les équipes gardent davantage de contrôle sur leur trajectoire, les financeurs publics voient leurs efforts prolongés par du capital privé, et les BA peuvent jouer pleinement leur rôle de catalyseurs plutôt que de “pompiers” appelés trop tôt ou dans de mauvaises conditions. C’est exactement ce que nous essayons de promouvoir, que ce soit dans l’économie bleue, les sargasses ou l’ensemble des verticales climate tech dans lesquelles nous investissons via Cleantech Business Angels.
